Mercredi dernier nous avons participé à notre premier évènement CivicTech sur Strasbourg, organisé par rue89Strasbourg dans le cadre des événements  « Tous connectés, et après ? », en compagnie d’Esther Valencic de Voxe et Valentin Chaput, cofondateur d’Open Source Politics. Le but était de parler de l’engagement citoyen à l’heure du numérique et plus précisément, d’expliquer en quoi les outils numériques peuvent changer les choses mais également quelles sont les limites de tous ces outils existants.

Il apparaît clairement que l’énorme avantage des outils numériques par rapport à des outils plus classiques est la portée qu’ils peuvent avoir. En effet, via internet, il est possible de toucher un nombre important de personnes sans trop bouger de son bureau, ce qui, en soit est une véritable révolution qui peut permettre de donner un appuie beaucoup plus intéressant et important à une cause ou une mobilisation, en très peu de temps.

Après ce constat très intéressant, plusieurs questions demeurent.

Tout d’abord, à quelle point les personnes touchées se sentent impactées et seront susceptibles de s’engager réellement pour la cause? Il n’y a pas vraiment d’étude scientifique la dessus mais il semblerait que, du clic à l’action il y a … beaucoup plus qu’un pas!

En effet, 100 000 signatures sur change.org ne signifie pas que 100 000 personnes soit prêtes à s’engager physiquement (par un changement d’habitude, un engagement associatif ou politique par exemple) pour cette cause. Et c’est d’ailleurs tout à fait normal, nous sommes tous pris dans notre quotidien avec son manque de temps, de moyens, sa dose de bonnes ou moins bonnes nouvelles qui nous font avoir la tête à autre chose.

L’amélioration de l’attractivité, une clé du succès

 

Ensuite, concernant la participation en elle même : comment faire en sorte d’avoir une participation plus importante ? Il y a régulièrement des très bons scores de participation pour certaines pétitions, mais lorsqu’il s’agit de consultation publique ou d’autres projets qui nécessitent plus de trois clics, c’est tout de suite plus compliqué. La question se pose donc de savoir si une amélioration des outils numériques est possible pour les rendre plus attractifs.

La dessus c’est une évidence, les civicTech n’en sont qu’à leurs débuts et elles ont encore tout à apprendre ! Une piste de réflexion évoquée par Voxe est de mieux s’adapter à sa cible. Par exemple, Voxe a son chatBot (le VoxeBot) destiné aux jeunes de 18 à 35 ans qui est un outil bien adapté à la cible et qui semble très bien fonctionner car à ce jour il compte 100 000 inscrits! La vision de Voxe est de partager du contenu sérieux mais avec humour pour que le public se sente à l’aise et visiblement, ça marche bien!

Mais quand on est une plateforme de consultation, comment se rendre plus attractive ? La réponse étant encore plus complexe que la question, on ne compte pas y répondre en quelques lignes ici mais plutôt ouvrir une piste de réflexion. En effet, pour prendre un exemple, rajouter de l’humour dans la consultation sur les réformes de l’Assemblée Nationale semble être un exercice périlleux, qui n’apportera pas forcément beaucoup plus de monde.

L’amélioration de l’engagement en politique, beaucoup de questions, quelques réponses

Pour que le citoyen s’engage dans une consultation il faut qu’il retire une satisfaction de la participation. Par exemple, le fait que d’autres personnes puisse liker sa proposition si elle est pertinente peut donner une satisfaction. Mais elle ne semble pas suffisante.

La meilleure des satisfactions lors d’une participation à une consultation est d’avoir l’impression (et que cela ne soit pas juste une impression est encore mieux bien sur), que sa participation ainsi que celle des autres acteurs de la consultation a été pris en compte par l’institution qui l’a mise en place.

Et pour avoir participer à un grand nombre de consultation il faut admettre que ça… ça n’est pas toujours (voire pas souvent du tout)  le cas. En effet, on a souvent l’impression que les consultations sont là pour flatter un petit peu le peuple mais que ça n’ira pas plus loin de la part des élus, ce qui est franchement déplorable et peut être très démotivant pour les participants.

Tentons de réfléchir ici à ce que l’on pourrait faire pour changer cela. Déjà, il faut continuer à participer à ce genre de consultations pour peser de plus en plus dans la balance, pour montrer que nous, citoyens, sommes là, sommes intéressés, voulons donner notre avis et surtout voulons qu’il soit pris en compte. Mais finalement, le plus indispensable, c’est un engagement plus fort et un réel engagement politique des citoyens. Un plus fort engagement dans les civicTech, un fort engagement dans les partis politiques, éventuellement la création de partis politiques et la candidature à des élections, pour celles et ceux qui ne se retrouve dans aucun, un engagement électoral pour voter pour des élu(e)s dont le but est de faire progresser la participation citoyenne et la démocratie participative.

Mais là, nous revenons donc à la première question. Comment passer du clic à l’action ? Également, comment faire en sorte de toucher les personnes les plus éloignées de la politique, de part leur âge, leur bagage socio-culturel, ou tout autre raison ?

Ce sont des questions complexes auxquelles nous réfléchissons depuis quelque temps maintenant et auxquelles nous n’avons pas encore de réponse, ou en tout cas pas de réponse qui puisse tenir en quelques lignes sur un article. Comment faire pour s’engager plus, comment inciter les gens autours de nous à faire de même, alors même que tout le monde est pris dans les tourbillons du quotidien et qu’on peut souvent avoir l’impression que, même quand on fait quelque chose, ça ne sert à rien? Si les choses étaient aussi simples que d’écrire un article depuis son smartphone, ça aurait déjà été fait. Nous savons qu’un certain nombre de personnes engagées dans la participation citoyenne se posent la même question que nous et tentent d’y apporter des solutions et nous sommes toujours très contents de pouvoir échanger quelques mots avec eux, mais ces questions restent toujours ouvertes.

Pour lire l’interview de Valentin Chaput par rue89 Strasbourg, c’est ici.