Depuis plusieurs années, on voit fleurir sur le net tout un tas d’applications qui proposent aux citoyens de donner leur avis sur le monde et de proposer directement des changements.
Ces applications répondent directement à une envie de démocratie directe et à la méfiance montante des citoyens envers la représentativité, en proposant de débattre directement sur le net, sans forcement passer par les moyens traditionnels de la démocratie.

On peut nommer parmi ces applications « Stig », « Parlement et Citoyen », « Fluicity », « Kawaa », « Make.org », « Système D », …

Cependant, avant de se jeter à corps perdu sur ces applications au nom d’un citoyennisme exacerbé, il est important de faire attention à certains détails dont nous vous parlons dans cet article

N’oublions pas le vote

Tous d’abord, un simple rappel qui pourrait paraître idiot, mais qui, dans le contexte actuel de défiance envers le vote, est essentiel. On peut apporter des critiques à ce système, mais il ne faut pas oublier que le vote est la principale façon qu’ont les citoyens d’exprimer leur avis dans notre démocratie représentative.
En France, les citoyens sont sollicités environ tous les ans pour élire ceux qui mèneront la politique du pays et de ses territoires.
En 2017, c’était pour le président et l’assemblée nationale, en 2018 pour le Sénat (même si seulement les élus peuvent participer au suffrage), en 2019 pour le parlement Européen, en 2020 pour les communes et intercommunalités, en 2021 pour les départements et les régions, en 2022 pour le président et l’assemblée nationale à nouveau…
Les citoyens ont donc des occasions régulières d’exprimer leurs opinions et de se présenter pour être élus. Et pour le moment, aucune application ne donne un tel pouvoir.

A quoi servent ces applications ?

Donner son avis, proposer des solutions pour améliorer la société ou vouloir s’impliquer dans la vie politique du pays, c’est vraiment super et on ne peut qu’encourager tout le monde à le faire !
Mais ces applications nous permettent elles vraiment de réaliser tout ça ?
Si je vais sur une de ces applications et que je propose « plus de pistes cyclables » et que 1000 personnes me soutiennent, quel en sera le résultat ? Ai-je des chances pour que cela change les choses ?
Avec certaines applications, oui ! On peut notamment citer Parlement et Citoyens qui élabore directement les propositions de loi avec les députés. On peut aussi citer Fluicity qui permet de dialoguer avec les élus et les députés.
Mais avec certaines applications, on peut en douter… avec Stig ou Kawaa par exemple, une proposition d’utilisateur s’apparente plus à une discussion de café du commerce qu’à une action politique.
Ces applications apportent le débat, mais pas toujours un lobby citoyen.

D’où vient l’argent ?

Coder une application, communiquer dessus, faire vivre ses évolutions et gérer ses mises à jours, ça demande du temps et de l’argent. Et de la même façon qu’on puisse se poser la question « à qui profite le crime ? », il est important avant d’utiliser une de ces applications de se poser la question « qui finance tout ça ? ».
Plusieurs modèles économiques existent pour faire vivre ce genre d’applications.
Tout d’abord, les dons citoyens, chacun donne à l’entreprise ou l’association qui entretien le système de vote en espérant que cela suffise.
L’autre méthode est la publicité et le partenariat avec une entreprise, Voxe par exemple s’est allié avec « Ben&Jerry’s » pour son financement.
Enfin, il est possible pour l’entreprise qui crée l’application de revendre les données des utilisateurs. Dans ce dernier cas, l’action citoyenne se transforme en collecte de données et le citoyen devient lui une simple ressource… on est loin d’un beau citoyennisme pour changer le monde

Conclusion

Pour conclure, ces applications peuvent être vraiment intéressantes pour proposer de nouvelles voies pour la démocratie. Mais parfois, les intentions ne sont pas toujours à la hauteur de ce qui est affiché et parfois, les promesses de démocratie peuvent cacher des systèmes de collecte de données. Restons donc vigilants.